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Yves Rougier, qui travaille en gestion de crise au ministère de l’Aménagement du territoire, m’a accordé un entretien au sujet d’une idée d’IA permettant de prioriser et planifier les projets de résilience post-catastrophes naturelles.

Prévention et gestion des risques

« Parmi les questions à résoudre dans la prévention, la gestion et la résilience des crises de ce type, il y a plusieurs commentaires à faire et certaines interrogations encore irrésolues. Par exemple, dans les zones inondables, il est difficile d’assurer et de réassurer le bâti. Il est également compliqué de mettre en place des relocalisations : les habitants peuvent refuser de quitter leur logement faute de pouvoir se reloger et restent donc exposés au risque. Qui prend en charge leur déplacement ou celui du bâti ? Parfois, les assureurs n’en ont pas la capacité. Par ailleurs, certaines décisions prises par les préfectures ou par le gouvernement sont mal comprises par les sinistrés ou les populations à risque, d’où l’importance de la communication sur ces sujets. »

Outils existants

« En général, il existe des protocoles de prévention associés à chaque risque potentiel : débroussaillage, loquets en fer pour les cours d’eau, etc. Mais en dehors des périodes de crise, ces éléments ne sont pas vérifiés ou entretenus régulièrement, malgré les tentatives de suivi des autorités et les normes existantes. Lors des crises, ces dispositifs sont parfois désuets ou inutilisables, et ni la population ni les secours ne sont formés pour les utiliser.

D’où l’intérêt de développer des outils adaptés, de mettre à jour les technologies, de renforcer la formation et de disposer d’outils d’aide à la décision. Parmi les catastrophes sur lesquelles j’ai travaillé, on peut encore faire des progrès sur la détection précoce des nouveaux foyers. Les pompiers sont équipés, mais pas encore suffisamment, même si de nouvelles technologies commencent à être utilisées, comme les drones. »

Résilience

« La résilience est un enjeu critique. En effet, d’après la FEMA, si au bout de six mois l’activité n’a pas repris, elle ne reprendra pas. D’où l’importance de l’organisation dans ce laps de temps. Pendant cette phase, il faut rétablir un certain nombre de services à court et moyen terme : les cartes de crédit, l’électricité, l’eau, les services publics, les transports, le système de santé, entre autres. La difficulté réside dans l’arbitrage entre le coût, les solutions à court terme et à long terme, ainsi que les délais de mise en place.

Les territoires d’outre-mer sont parmi les plus exposés aux catastrophes naturelles. Les populations y sont naturellement résilientes, mais une aide trop importante peut accroître leur dépendance et réduire cette résilience. Dans le cas particulier de Mayotte, la densité de population rend la résilience encore plus difficile.

Le projet pourrait aussi être utile dans la résilience à court terme : organiser la mise en place de camps de réfugiés ou de sinistrés, en optimisant chacune de leurs fonctions. Un exemple simple serait la disposition du camp par rapport aux moyens de transport et le dimensionnement de ces moyens. »

Responsabilités territoriales

« En France, ce type de projet passe par la préfecture, point focal de la gestion de crise. Mais compte tenu de la fréquence des crises et du renouvellement des mandats, les préfets ne sont pas des experts en la matière. Ils ont donc besoin d’outils d’accompagnement pour les aider à gérer ces situations.

Mais si le préfet a la main sur la gestion de crise, dès lors qu'il s'agit de la reconstruction, il doit travailler avec les élus aux trois niveaux (commune, département et région) pour apporter l'aide de l'État tout en laissant les élus assumer leurs responsabilités dans les choix liés à la reconstruction.

Le modus operandi diffère dans les pays en voie de développement, mais il reste essentiel de raisonner à l’échelle du territoire. La résilience est avant tout une affaire d’aménagement du territoire sur le long terme. Elle implique également des efforts de reconstruction, à planifier comme une construction neuve, en tenant compte des normes, des risques futurs liés au changement climatique et aux nouveaux aléas.

Au-delà de l’optimisation des moyens, on peut aussi envisager la production de modèles économiques ou financiers pour planifier et optimiser le rétablissement de la situation sur le long terme. »

Acteurs internationaux

« L’idée a d’abord besoin d’un business model : à qui s’adresser pour les investissements et pour les clients ? Les banques mondiales, la Banque européenne d’investissement, le FMI, l’AFD, la BIRD, le CICR financent et utilisent ce type de projets.

Pour avancer, tu auras besoin de données. Tu peux explorer les bases de données internes existantes : celles de la Banque mondiale, de la BEI, de l’AFD, ainsi que celles des banques locales. »